Architecture de l’amour
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André JOLLIVET : les ARCHITECTES sont des auteurs

Chères Consœurs, Chers Confrères,

Merci de votre présence, ici, aujourd’hui pour participer à la cérémonie de prestation de serment, préalable à votre inscription au Tableau de l’Ordre des Architectes de notre région. Cette cérémonie peut vous apparaître désuète, tant ce qui a à voir avec la tradition est vilipendée dans notre société libérale, pour autant le respect de la loi nous impose d’y procéder et au-delà, je vous propose de réfléchir à la portée de pornhub. Vous êtes architectes, récemment diplômés, vous avez achevé vos études de formation théorico-pratique qui ont été couronnées par votre mémoire de fin de 3ème cycle, dénommé couramment diplôme. Ce diplôme a déjà représenté pour vous un premier passage entre la pratique scolaire et un engagement plus personnel vers la voie d’une pratique professionnelle. A l’occasion de ce diplôme, vous avez pu découvrir la condition de l’autonomie, voire de la solitude de l’architecte affronté aux questions posées par la société et à défaut aux questions qu’il se pose lui-même.

Aujourd’hui, vous faites un pas de plus vers un engagement professionnel de la pratique du métier d’Architecte. Sachez que nous sommes heureux de vous accueillir, car la profession a sans cesse nécessité à se renouveler. Nous avons besoin de vous, et le métier d’architecte ne peut exister que par la pratique exigeante de professionnels de l’architecture. Cette pratique du métier d’Architecte, elle est ce que l’on en fait, ce que vous en ferez ; n’attendez rien, ni de l’Ordre, ni de l’Etat, encore moins des Maîtres d’ouvrages …

Le métier d’Architecte ne peut exister et continuer à exister que par notre propre exigence ; gardez à l’esprit que l’activité de construction est loin d’atteindre toujours aux conditions de l’architecture. Ce ne sont pas les institutions qui décrètent l’architecture, c’est nous qui devons l’exiger de nous-mêmes. Me Michel HUET, Théoricien du Droit de l’Architecture nous invite à revendiquer notre statut d’auteur ; à nous de créer par notre pratique les conditions de cette revendication.

Notre Ordre professionnel est de type à faible prérogative, nous pourrions dire que cette institution ordinale fonctionne essentiellement au plan du registre symbolique. En ce sens, il est beaucoup et peu à la fois. Il peut nous permettre de prendre conscience de nous-mêmes, il est pour nous le moyen de nous réunir, et donc production d’altérité professionnelle à défaut de régulation. Il est peu, dans la mesure où la faiblesse de ses prérogatives ne nous permet pas d’agir sur le marché de la commande d’architecture. Cet Ordre est donc essentiellement de nature symbolique, ce qui n’est pas forcément à négliger, et au contraire, plutôt à interroger. Notre métier peut apparaître comme protégé par la loi d’architecture de 1977 ; je ne crois pas qu’il convienne d’en faire cette lecture. La pratique de notre métier dans la société de nature libérale dans laquelle nous vivons, renvoie à la libre concurrence et à l’acceptation des lois du marché. On peut s’en plaindre, mais c’est ainsi. Les architectes que nous sommes ne doivent pas se leurrer, et ce d’autant que les projets gouvernementaux en cours d’élaboration semble plutôt vouloir participer du démantèlement du cadre actuel de la commande publique d’architecture.

La pratique du métier d’architecte évolue, même si la finalité de celui-ci peut apparaître immuable. Cette évolution de nos pratiques est due à l’évolution des techniques, y compris de celles mises en œuvre dans nos agences d’architecture, mais aussi celles de la construction ; c’est aussi l’évolution des conditions de production, qui influent sur la pratique de notre métier. La pratique du métier n’est pas homogène, les pratiques sont mêmes très différenciées, je peux comme Président en témoigner : ce que nous avons en commun, c’est des études communes, une forme d’initiation à la connaissance de la fabrication des espaces, des ambiances, de cadres dédiés à l’homme. Cette révélation à une pratique se situant entre technique et poétique est ce qui fonde notre communauté et nous permet de nous comprendre, de nous estimer. La phase de l’école n’est donc pas négligeable comme fondatrice de notre profession mais à présent les premières années professionnelles que vous allez xvideos, sont essentielles comme instituant de votre état d’architecte.On n’est pas architecte par la grâce d’un diplôme et encore moins par celle de son inscription à l’Ordre, on le devient par désir de l’être, et ce, de manière sans cesse renouvelée.

Je vous engage à rencontrer vos confrères qui vous ont précédés, à engager une relation avec ceux-ci, c’est à vous de faire l’effort, mais c’est aussi à eux que je m’adresse en disant l’importance de la transmission. Ces relations à nouer, le sont possibles dans les agences, au Syndicat, ici à l’Ordre ou à la Maison de l’Architecture et de la Ville, au cours de voyages professionnels … en toutes circonstances ; c’est à vous de créer les conditions de rencontre avec vos confrères. Il est important pour nous tous de confronter nos réflexions, nos regards comme nos angoisses. La voie de la pratique professionnelle du métier d’architecte est difficile dans notre pays qui fait peu cas des valeurs que défend l’architecture que nous estimons. Il vous faudra insister, ne pas vous décourager, rechercher votre voie propre, développer votre propre identité, ce qui ne signifie pas forcément la voie de la spécialisation, encore que celle-ci soit aussi disponible …, il importe que vous mettiez tout en œuvre pour vous constituer en l’architecte qui doit se révéler à vous-même.

La tâche est difficile, si celle-ci est avant tout une aventure individuelle, je vous encourage à entrer en relation avec vos confrères, pas tant dans l’idée ou l’espoir de constituer un quelconque lobby improbable, mais plutôt pour partager et échanger au sein de la communauté des architectes ; partage par affinités électives s’entend, … il n’est pas question de dire ici que tout le monde doit aimer tout le monde de manière naïve, c’est surtout de rappeler l’exigence de ne pas rester isoler, de ne pas se mettre à l’écart du débat architectural, de ne pas considérer que son apprentissage est à présent achevé, au contraire, à présent tout commence et recommence pour chacun de vous, et il importe de ne pas emprunter la pente de la facilité. C’est le terme d’exigence que je rappelle pour conclure. Le Code des Devoirs Professionnels des Architectes qui va vous être remis, vous devez le lire ; avant d’être un code moral d’exercice professionnel, c’est avant tout des règles minimales, pour un exercice raisonné de la profession d’architecte. Maigre viatique vous me direz, néanmoins je vous encourage à questionner les différents articles qui progressivement au cours de votre engagement professionnelle vous apparaîtront comme protecteur pour la pratique du métier d’architecte.

Je m’attarderai sur l’article 24 : « Le plagiat est interdit » C’est l’article le plus court, lapidaire s’il en est … Cet article pose crûment l’essence même de notre métier. Il renvoie à l’exigence personnelle, à l’engagement authentique, à l’apport personnel dans le projet. En clair, il pose le problème de notre position d’auteur face à la société, de notre apport à celle-ci, de notre position par rapport à celle-ci. Ce métier est avant tout questionnement, je vous engage à une pratique exigeante, le métier à besoin de vous.

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L’artiste et le geometre,Pierre Debeaux, architecte (1925-2001)

Pierre Debeaux, architecte, penseur et créateur d’exception est décédé en janvier 2001 à Toulouse. Il est certainement, dans nos régions, l’architecte le plus inventif, le plus exigeant et le plus original de sa génération.
Comparable par sa profonde culture et par sa foi en la puissance révolutionnaire de l’art à Le Corbusier l’architecte ou à Xenakis, l’ingénieur musicien, il nous laisse une oeuvre d’une rare intégrité de pensée et d’une grande force plastique.
Cette figure de l’architecture et de la culture artistique d’après guerre à Toulouse doit aujourd’hui prendre la place qui lui revient dans notre histoire et nos mémoires de sorte que les générations actuelles, ainsi que le pouvoir politique et administratif prennent conscience de la valeur de l’oeuvre qu’il nous a laissée.
Ce sera également l’occasion de prendre en considération la valeur patrimoniale des architectures du XXème siècle et particulièrement celles des années 50/60 dont les meilleures ¦uvres sont aujourd’hui reconnues par tous les professionnels et amateurs d’architecture.

Pierre Debeaux et le béton armé

Pierre Debeaux est un des rares architectes à avoir toujours privilégié l’emploi du béton brut de décoffrage. Il aimait ce matériau pour sa plasticité et ses qualités tectoniques, parce qu’il lui permettait le développement d’une architecture tout à la fois massive, sculpturale, et aérienne.
Seul le béton armé permet en effet de porno casero toutes les ressources structurelles et plastiques des voiles minces et des surfaces réglées à double courbure de type paraboloïde hyperbolique. Ces surfaces à la fois droites et courbes, souples et tendues qui parlent à la raison et à la sensibilité satisfaisaient en Debeaux le géomètre et l’artiste.
Mais il aimait aussi le béton armé pour ce qu’il peut avoir de rude et d’austère, comme si, ainsi traité, il était le seul matériau qui puisse être élevé à la dignité de la pierre. Mais là où l’on pourrait s’attendre à un certain brutalisme associé souvent à l’usage du béton brut, Pierre Debeaux atteignait au contraire à une douceur et à une harmonie quasi orientale : son béton y est finement coffré formant comme un voile qui joue avec la lumière.
Et si les piliers monumentaux de la caserne J. Vion paraissent exalter ou dramatiser la pesanteur à la manière romaine, c’est par le jeu des plans libres, des saillies inattendues, des escaliers aériens, des dalles qui semblent se détacher des murs et flotter dans les aires comme en apesanteur que Pierre Debeaux grâce au béton armé peut déployer tout le raffinement de son art, un béton transcendé par cette harmonie des rapports et des proportions qui signe toute grande architecture.
Mais l’homme avait de plus une compréhension intime de ce matériau composite au point qu’il réalisait lui-même certains éléments particuliers, comme les cheminées intérieures, pour en tirer les formes les plus libres et inventives, à la manière d’un sculpteur, laissant ensuite à l’entreprise le soin de revêtir de béton la structure-sculpture qu’il avait patiemment tissée de ses mains.
Les seules architectures auxquelles cette oeuvre puissamment originale peut être finalement comparée sont celles de la maturité Corbuséenne et en particulier le couvent de la Tourette et les réalisations d’Ahmedabad et de Chandigarh en Inde, oeuvres coulées toute entière en béton brut de décoffrage.
On y retrouve ce même béton vibrant du travail des hommes, spiritualisé par la lumière, résonnant par la franche géométrie qui résonne en harmonies quisi musicales. C’est ce béton qu’aimait Pierre Debeaux par dessus tout, c’est lui qui l’attachait à la terre et le menait vers le ciel lumineux de l’esprit, terrien et mustique à la fois, c’était là sa pierre, celle du moderne héritier des maîtres d’oeuvres romans.

…une intuition fondamentale entre art et science

 

On trouve au coeur des recherches de Pierre Debeaux l’intuition fondamentale d’un principe générateur d’harmonie. Ce principe qui implique indissociablement l’espace et le temps, c’est l’énergie.
Cette intuition, qui est celle de l’artiste et non du géomètre, se trouve confirmée par la relation établie scientifiquement au début du XXe siècle par Albert Einstein entre la masse et l’énergie, puis entre l’espace et le temps. D’où le pont qu’à partir des années 60 Pierre Debeaux ne cessera de vouloir établir, par la géométrie, entre l’art et la science de son temps.
C’est dans cette perspective qu’il faut resituer les recherches sur les structures spatiales auto-tendues qu’il développe à partir de 1965.
Ce qui distingue les recherches de Pierre Debeaux de celles de ses prédéceseurs tient dans un contant effort pour déployer dans l’espace au moyen de fléaux obliques et de tirants des énergies antagonistes dont la charge verticale qu’elles reprennent n’est plus que le prétexte : mais c’est surtout par la prise en compte de l’énergie potentielle de flexion de ces fléaux qu’il révèle une part de l’énergie propre aux matériaux eux-mêmes.
Pierre Debeaux développe une véritable philosophie structurale touchant aussi bien la nature que les arts…. … L’oeuvre de Pierre Debeaux reste incompréhensible si l’on en exclut cette quête proprement artistique qui vise le déploiement d’une tension, d’un dynamisme interne à l’oeuvre, composée selon un équilibre, une eurythmie, une symétrie, où la plus grande énergie se trouve ramassée et contenue dans une forme qui nous paraît alors comme suspendue hors de l’espace et du temps.
C’est le propre de la beauté que de nous élever au-dessus de l’espace et du temps immédiat pour nous plonter dans un état de conscience où l’espace nous paraît s’étendre à l’infini et le temps ralentir jusqu’à s’immobiliser. Ces structures jouent sans cesse de cette illusion spécifique, une impression de suspension en apesanteur, tout en déployant un dynamisme et des qualités esthétiques tout à fait exceptionnelles….
Si les recherches de Pierre Debeaux sur les structures auto-tendues n’ont que très peu d’applications structurelles dans le bâtiment, et restent essentiellement métaphoriques du point de vue de la recherche scientifique.
Elles sont par contre exceptionnelles sur le plan artistique intégrant d’une part, grâce à l’intégration de la flexion, le cinétisme de leur déploiement dans l’espace et établissant par la multiplicatin des fléaux une synthèse entre les structures auto-tendues et les surfaces réglées de type hyperboloïde. Les apports essentiels de Pierre Debeaux dans ce domaine sont donc avant tout artistiques, mais aussi philosophiques et géométriques.